Bonjour à toutes et merci de vos nombreuses visites !
Puisque je suis particulièrement intéressée par les moyens de communiquer sans utiliser la voix, je me suis dit que je pourrais vous en présenter quelques uns.
L'un de ces moyens est particulièrement célèbre: il s'agit de
la langue des signes ou LSF (attention, on ne parle plus de langage mais de langue !).L'idée est simple:
remplacer chaque mot par un signe. Et pourtant... si vous traduisez mot à mot le français en LSF... une personne sourde ne vous comprendra pas ou alors très difficilement ! Et il ne s'agira plus de LSF mais de Français signé.
En effet, il ne faut pas perdre de vue que la LSF est
une langue à part entière ce qui implique qu'
elle correspond à une culture et qu'elle est le
reflet de la manière de penser propre aux membres de cette culture.
La manière de penser propre aux personnes sourdes doit être comprise pour signer et ça peut paraître assez abstrait au début...
Clarifions un peu tout ça...
Quand vous pensez, c'est surtout sous forme de mots. Mais il faut comprendre qu'une personne sourde pense par images: ils sont très "visuels". C'est pour cette raison que pour signer, il faut d'abord mettre en place le "décor" de ce que vous voulez dire.
Par exemple, si vous voulez dire qu'un chat monte sur une table, cela donnera, en LSF "la table, le chat, monte".
En effet, il faut d'abord montrer la table, puis le chat. Mais si vous mettez le chat à votre droite et la table à votre gauche, il ne faudra pas, au moment où vous représenterez la scène, signer comme si la table était au milieu car votre interlocuteur comprendra que le chat tombe, puisque le geste du mouvement se terminera avant l'endroit où vous avez situé la table. Il faut donc rester très précis. La LSF ne comporte pas de conjugaison. Pour indiquer le temps de l'action, on se sert de l'épaule: pour le présent, elle reste au même endroit ; pour le passé, on la met en arrière et pour le futur, en avant. Ces mouvements sont très marqués chez un débutant en LSF, mais ils semblent imperceptibles aux yeux des néophytes quand ils sont réalisés par une personne confirmé en LSF.
Tous les mots ne sont pas traduits en LSF: leur signification sera donc mimée d'une façon choisie par le signeur.
Mais il existe une autre façon de communiquer avec des personnes sourdes:
la LPC ou Langue Parlée Complétée.
Là, il ne s'agit plus de signes correspondant à des mots donnés et au lieu de concerner le corps de la tête à la taille comme la LSF, l'espace des gestes va de la tête au cou. Il n'est pas question de mime et
tous les mots de la langue française peuvent être traduits, car la LPC n'est pas véritablement une langue mais plutôt
un code.
Le principe est de
signer les phonèmes (les sons, si vous préférez) de la langue française pour permettre à la personne sourde de
lire plus facilement sur les lèvres (il faut donc parler en plus de faire le signe).
Selon une idée très répandue, une personne sourde sait automatiquement lire sur les lèvres... c'est complètement faux ! En effet, lire sur les lèvres, c'est reconnaître des sons... mais "reconnaître" implique d'abord de connaître et comment une personne qui n'a jamais entendu de sons, pourrait-elle les reconnaître ? Quand vous coupez le son de la télé, vous arrivez à lire sur les lèvres des acteurs ? Et même avec une connaissance de ces sons (je pense surtout aux personnes dont la surdité n'est pas innée mais acquise: ils connaissent donc les sons), la lecture labiale reste difficile car le mouvement des lèvres peut être très proche pour des phonèmes différents (par exemple: m, b et p). Le but de la LPC est donc de faciliter la reconnaissance de ces sons.
Pour cela, on utilise une seule main (pas celle avec laquelle on écrit puisque l'idéal est de pouvoir coder tout en faisant autre chose). La
position de la main (à côté du visage, sur la pommette, près des lèvres, sur le menton ou sur le cou) indiquera un son voyelle, tandis que la
position des doigts (l'index seul, l'index et le majeur...) indiquera des sons consonnes. Comme chaque code peut signifier plusieurs phonèmes: c'est le mouvement des lèvres qui permettra de savoir de quel phonème il s'agit.
LSF ou LPC ?Le choix reste personnel:
un bon orthophoniste présentera aux parents d'un enfant sourd toutes les possibilités qui existent puis ce sera à eux de choisir celui qu'ils désirent. Car LSF et LPC n'apportent pas les mêmes choses. La
LSF est plus connue (même si la LPC commence à percer) et présente l'avantage d'être
internationale: elle a été inventée par l'abbé de l'Epée, un Français (cocorico !) et s'est propagée dans le monde. Il existe quelques différences entre les pays mais elles sont comparables à des accents (quand vous parlez avec un Québécois, au début c'est un peu la galère mais vous finissez par vous comprendre): elle fonctionne comme une langue étrangère, contrairement à la LPC qui n'est pas véritablement une langue mais
un code de la langue française.
Mais la LPC a aussi ses avantages: c'est un atout pour la scolarité car elle
facilite l'accès à la lecture (une large majorité de la population sourde ne sait pas lire car les signes de la LSF n'ont rien à voir avec les lettres, alors que les codes de la LPC renvoient à des sons). Elle aide également, dans le cadre d'une prise en charge orthophonique, à l'oralisation. De plus, douze heures suffisent pour acquérir la technique alors qu'il y a 12 niveaux de 30h en LSF (il faut environ 5 niveaux pour pouvoir discuter).
Je vous ai trouvé une (toute) petite pour vous donner une idée de ce qu'est la LPC: